Rencontre Avec Jean Alesi - Pourquoi je ferai les 500 Miles d'Indianapolis

par 'Didier Laurent'.
Rencontre Avec Jean AlesI
Rencontre Avec Jean Alesi

Quoi de plus formidable que de rencontrer son idole, surtout la semaine de ses 30 ans ? C'est ce que vient de vivre Franck Blavin, dont la fiancée nous a contacté pour décrire la passion de son ami pour le monde automobile en général, et pour Jean Alesi en particulier.

Jean Alesi fêtera ses 48 ans le 11 juin 2012. Deux semaines plus tôt, il se lancera sur le circuit ovale d'Indianapolis pour participer à la course mythique des 500 Miles. Ses amis lui ont dit de ne pas y aller, alors il s'est engagé. au volant d'une Lotus, avec laquelle il compte bien batailler pour la victoire. Jean Alesi, pilote pour la vie, et pour qui le mot retraite n'a pas de sens, nous a accordé un entretien.

Pour commencer, la question qu'aujourd'hui tout le monde se pose : comment et pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?
Début 2011 je suis devenu l'ambassadeur de la marque Lotus, mais sans programme sportif. Et un jour, à l'occasion du Grand Prix de Malaisie, Gino Rosatto, vice-président de Lotus me dit « tu sais Jean, je ne te vois pas du tout comme ambassadeur, je voudrais que tu fasses encore un grand truc : que penses-tu des 500 Miles d'Indianapolis ? » Sur le coup, il m'a un peu pris à froid. Mais d'un côté, je n'ai jamais vraiment décidé de raccrocher, et d'un autre, même si je ne referai pas de Formule 1, j'ai toujours envie de me faire plaisir en pilotant. J'ai donc tout de suite appelé Dallara pour prendre des renseignements sur la voiture avec laquelle je devais courir, puis j'ai regardé le format de la course et j'ai dit « on y va ».

Beaucoup de vos amis pilotes disent que vous ne devriez pas, que cela peut-être dangereux.
C'est vrai que j'ai eu tout de suite des coups de fil d'amis proches tels que Michael Schumacher ou Gerhard Berger, qui m'ont dit que les 500 Miles d'Indianapolis était pour eux quelque chose d'inimaginable, d'inenvisageable compte tenu des risques encourus. Mais quand j'ai vu comment tout se préparait, j'ai finalement pensé que cela n'était pas un truc fou. Bien sûr, quand on fait 370 km/h de moyenne en course, il y a un risque. Mais à Indianapolis, contrairement à d'autres ovales comme Las Vegas où s'est malheureusement tué au mois d'octobre Dan Wheldon, le dernier vainqueur des 500 Miles, on est à fond pendant les qualifs mais on ralentit dans les virages pendant la course. Cependant il n'y a pas de place pour l'erreur. La moindre perte de contrôle finit dans le mur.

Hormis à l'occasion d'un Grand Prix des Etats-Unis, vous n'avez jamais couru sur un ovale. Allez-vous vous engager ensuite pour d'autres courses du même type ?
En F1, c'était une partie de l'ovale et dans l'autre sens. Je vais me concentrer sur les 500 Miles, et aujourd'hui je n'ai pas prévu de faire d'autres courses similaires.

Comment avez-vous rencontré Sylvester Stallone qui est votre parrain sportif dans cette opération ?
Je l'ai rencontré en 1994 à Monza, à l'époque où il tournait le film Cliffhanger dans les Dolomites. Pendant le Grand Prix, il est venu dans les paddocks pour saluer tout le monde et nous avons bien accroché. Ensuite, je suis allé aux Etats-Unis, nous nous sommes revus et nous avons sympathisé.
Donc quand j'ai donné la réponse à Lotus pour leur dire que j'étais d'accord, je leur ai aussi indiqué que j'aimerais que « Sly » soit le parrain de l'opération, parce que ce que je vais faire c'est un peu comme ce qui se passe dans Rocky VI, c'est-à-dire un ancien sportif qui revient au combat.

Donc vous courez dans la neige avec des poids sur les épaules, comme Stallone dans Rocky ?
Non mais je viens de faire le tour de Sicile en vélo (environ 500 km) pour perdre le superflu, et je vais entamer un programme sportif très complet une fois les fêtes passées ; mais je fais toujours au moins quatre heures de salle par semaine, je suis et resterai un sportif, c'est un état d'esprit.

Qu'est ce qui diffère fondamentalement dans le pilotage d'une voiture telle que celle que vous allez piloter en comparaison, par exemple, d'une Formule 1 ?
D'abord il n'y a pas de freinage. Ensuite, en ligne droite, il faut tenir la voiture car elle tire à gauche ; mais cela ne sert pas à prendre les virages relevés de l'anneau, c'est pour avoir le meilleur équilibre possible pour la voiture qui est dissymétrique, autrement dit plus basse d'un côté que de l'autre. Tout est vraiment calculé pour que la voiture corresponde le plus possible à la piste, mais en garder le contrôle et ne pas faire d'erreur est primordial, encore plus qu'en Formule 1.

Avez-vous déjà essayé la voiture que vous allez piloter ?
Pour l'instant uniquement sur simulateur, qui est d'ailleurs bluffant de réalisme. Les premiers essais sur piste auront lieu fin janvier à Fontana (Anciennement California Speedway, à côté de Los Angeles, NDLR).

Le 11 juin 1995, lors de votre victoire en Formule 1 sur le circuit de Montréal, votre voiture (une Ferrari) portait le numéro 27. Les 500 Miles d'Indianapolis se dérouleront le.27 mai 2012. Votre Lotus portera-t-elle le numéro 27 ?
Ce serait bien. Ce numéro est pour moi très important car les années où j'ai eu le 27 sur ma voiture c'était quelque chose de fort et je me rendais compte que rouler pour Ferrari c'était un peu comme jouer pour Manchester ou le Real de Madrid lorsqu'on est footballeur. D'un côté la fierté, et d'un autre le devoir de bien faire. Ensuite pour Indianapolis, je ne sais pas si Lotus demandera ce numéro pour moi. Car même si cela me ferait plaisir, en même temps le 27 est très lié à Ferrari et aujourd'hui je cours pour Lotus.

Puisqu'on évoque Ferrari, beaucoup n'ont jamais compris le fait que vous soyez allé de Tyrrell chez Ferrari plutôt que chez Williams à la fin de la saison 1990, alors que cette dernière écurie disposait de la meilleure voiture et qu'elle vous avait proposé un contrat.
Effectivement ce n'est que récemment que j'ai commencé à fournir des explications. Je ne l'avais jamais fait auparavant car les théories des uns et des autres étaient parties dans tous les sens et j'ai un gros respect pour Franck Williams, qui ne serait pas passé pour une bonne personne si j'avais dévoilé la réalité. En fait, le contrat qu'il m'avait proposé stipulait que l'annonce de mon engagement devait se faire au Grand Prix de France (début juillet), mais une clause spécifiait que si l'annonce ne pouvait être faite pour une raison ou une autre, la proposition de contrat restait valable jusqu'à fin septembre. Soit une clause qui leur permettait de se dégager de moi si cela les arrangeait. Entre temps Ferrari m'a proposé un contrat : je l'ai négocié, je suis retourné voir Williams et je leur ai dit que si l'annonce de mon engagement n'était pas faite au Grand Prix suivant, je partais alors chez Ferrari. Et comme ils ne l'ont pas faite.

Nous savons aujourd'hui qu'ils ne l'ont pas faite parce qu'ils étaient en négociation avec Ayrton Senna. Courir dans la même écurie que lui n'était pas, pour vous, envisageable ?
A l'époque il y avait vraiment un premier et un deuxième pilote, et Senna n'aurait jamais voulu que je sois là. D'ailleurs, mise à part Prost, il a toujours eu des coéquipiers qui étaient davantage des porteurs d'eau plutôt que des pilotes capables de gagner des courses ou le championnat. Et puis les essais, les développements, les mulets lui étaient réservés.

Quand même, bien que le fait de courir pour Ferrari puisse constituer le rêve de tout pilote de Formule 1, vous y êtes allé à une époque où la Scuderia ne disposait pas de la meilleure voiture, alors que Williams aurait pu vous permettre de gagner davantage de courses, voire d'être champion du monde.
Quand j'ai décidé d'aller chez Ferrari j'avais 26 ans. C'est sûr que la voiture ne marchait pas, mais mon travail était aussi de la faire évoluer et de la rendre fiable. Certes la Williams était plus performante, mais c'est comme ça et je ne le regrette pas.

Avez-vous, d'ailleurs, des regrets concernant votre carrière ?
Oui, mais pas sur le plan sportif. Il m'est arrivé de blesser des gens, parfois des monuments du sport automobile, parce que je suis un passionné. Et parfois on peut s'énerver parce que la voiture casse et dire des choses qui ne sont pas forcément agréables à entendre.

Aujourd'hui, vous pensez évidemment beaucoup aux 500 Miles d'Indianapolis et au 27 mai prochain. Certains pilotes disent qu'ils sont certains que vous y ferez un bon résultat. Quel est votre objectif ?
Je suis un pilote, je n'y vais pas pour faire la course : j'y vais pour gagner. Après bien des choses peuvent se passer. Ou pas. Mais en tous cas je me prépare. J'ai aussi regardé les cinq dernières éditions des 500 miles et ce que j'ai retenu c'est : discipline pendant la quasi-totalité de la course, c'est-à-dire rester en bonne position et éviter les obstacles, puis combat pendant les dix dernières minutes. C'est là que tout se joue. Les règles et la nature de la course, les éventuelles interventions du pace-car font que la stratégie concernant les pneus et le ravitaillement en carburant sera capitale. Il va falloir jouer serré.

Biographie

D'origine sicilienne, Jean Alesi est né le 11 juin 1964 à Avignon. Champion de France de Formule 3 en 1987, puis de Formule 3000 en 1989, il a ensuite effectué 12 saisons en Formule 1 avec Tyrrell, Ferrari, équipe avec laquelle il a remporté le GP du Canada le jour de ses 31 ans, puis Benetton-Renault, Sauber-Petronas, Prost-Peugeot et enfin Jordan-Honda. Il a par ailleurs réalisé 32 podiums et 2 pôles positions, dont la première à l'occasion du Grand Prix d'Italie 1994.

Jean Alesi est aujourd'hui capitaine de l'équipe de France de la FFSA, et s'occupe des jeunes talents du sport automobile français, avec d'excellents résultats.

Jeux-concours

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